La vive voix : une survivante en pleine digitalisation culturelle

Marta Mitjans Puebla 0 Comments

Le rythme hilarant des révolutions produites par l’éclosion de la génération digitale concerne, tout comme d’autres domaines, le monde du récit. La lecture et l’écoute, reposant aujourd’hui derrière l’écran, deviennent deux processus régis par l’empire de la vitesse. Ceci dit, probablement le défi du futur portera sur la rééducation communicative, une transformation qui s’avèrera nécessaire, comme processus dans lequel la vélocité, qui préside tous les scénarios technologiques, ne puisse pas trôner (Honoré, 2004 : 15).

Toutefois, il est possible d’affirmer que la narration orale montre encore de la résistance face à l’envahissement de la révolution technologique : elle survit en tant qu’art, mais aussi en tant que moteur d’un fort outil pédagogique et socioculturel, appliqué et applicable dans plusieurs domaines. Les éléments impossibles à être remplacés par la technologie, nécessaires comme moteur de la transmission orale, sont plusieurs. Il faut mentionner la voix, en tant que chant accompagné de tous les éléments conformant la communication non verbale. À savoir: l’expression gestuelle et les mouvements, le regard, le contact physique avec les agents communicatifs, formant partie de la même interaction, l’emphase baignant le message transmis (Folkman et Zenger, 2018 : 33 – 36). Par rapport à l’émotion, celle-ci devient un ingrédient basique de la recette inédite d’une communication touchante. C’est là où il est licite de remarquer ce qui remplit le cœur du pouvoir communicatif: la volonté de pénétrer dans l’esprit du lecteur ou de l’écouteur, provoquant ainsi un changement à l’intérieur du même. Savourer la magie, la révolution produite par la force des mots proclamés, n’a jamais exigé la présence d’éléments intermédiaires : « millones de palabras agitan con su ruido nuestro mundo cotidiano y recaen en el vacío, polvo suelto en torbellino » (Zweig, 2012 : 48).

Les raisons jusqu’à maintenant exposées justifient l’affirmation que l’être humain réclame le besoin de participer d’histoires où la vue, le toucher, l’odorat, l’écoute et le gout, ainsi que le respect pour la lenteur que la vivacité des cinq sens implique, restent protagonistes, malgré l’incidence de l’écran dans le contexte communicatif. Cette affirmation éveille une question bien licite : de quel genre de récits s’agit-il? Cette question peut être répondue à travers la sélection de cinq cas, contemporains et récents, basés sur des histoires, racontées dans cinq villes européennes, reconnues de par leur brillance culturelle: Barcelone, Paris, Florence, Berlin, Vienne.

Le Grand Théâtre du Liceu peut être visité avec un guide – conférencier qui raconte une histoire sur le passé de l’institution musicale, tout en retraçant les vestiges de plusieurs empreintes artistiques, dans un récit qui empêtre des propositions culturelles.

Deuxièmement, les histoires d’épanouissement, comme celles que la troupe culturelle La Maison du Conte offre au public (parmi d’autres, celles qui ont été racontées le 10 et le 11 octobre 2018, sur la mythologie grecque) révèlent le poids de ce que le terme « fantasia » implique.

La persistance d’histoires sur la beauté, où la poésie, comme art fragile et réduit à l’essentiel, est aussi importante : un exemple peut être cité lors des évènements organisés par la Società Dantesca Italiana, existante depuis le 31 juillet 1888.

Depuis l’année 1996, le Carnaval de la Culture célèbre, à Berlin, l’harmonie entre la musique de percussion, le chant et la gastronomie. Cette fête démontre la présence d’histoires collectives, portant sur la revendication des traditions.

Finalement, à Vienne, la conférence « New Perspectives on Imagology », qui a eu lieu au Musée de la Vie Folklorique et de l’Art Folklorique, le mois d’avril de l’année 2018, a constitué une histoire sur l’envie de partager la complicité, parmi les étudiants du collectif universitaire.1

Toutes les histoires précédemment mentionnées ne sont que des contes avec plusieurs finalités : il s’agit de finalités intellectuelles — littéraires, historiques, iconographiques, musicales, pédagogiques, ou encore de finalités d’évasion. Il s’avère que l’être humain a besoin de vivre des histoires sans intermédiaires, et donc sans la présence de la technologie. Arrivée à ce point, l’exposition des idées ici éclaircies permet d’affirmer que la narration orale persiste, face à la digitalisation culturelle.

En guise de conclusion, il est pertinent d’affirmer que l’être humain faire partie d’un récit, individuel ou collectif. Les histoires ne sont que pour les enfants ; elles font aussi partie de l’univers adulte (Kazmierczak, 2014 : 148). En ce qui concerne l’actuel comportement communicatif des jeunes, ce fait devient, particulièrement, méritoire d’être observé. La jeunesse, comme période associée à l’apprentissage et à l’émulsion du sentiment, traverse actuellement une période marquée par le sceau d’immédiateté, imprimé, à sa fois, par l’hyperstimulation technologique (Honoré : 2004, 15 – 20).

Les messages et les conversations téléphoniques, l’usage des réseaux sociaux et de livres électroniques ratifient ce fait, sans aucun doute. Toutefois, la facilité d’adaptation montrée de la part des jeunes, en ce qui concerne les nouvelles formes de communication, est aussi marquée par l’envie de lire et d’écouter, voire de vivre, dans le sens littéral du terme, des récits sans écran, soient des histoires intellectuelles, scientifiques, ou bien leurs propres histoires. Voilà un exemple réel : chaque matin, plusieurs élèves d’entre seize et dix-sept ans se rejoignent dans l’arrêt de train Muntaner, à Barcelone, pour arriver ensemble à l’école, avant huit heures.  Peut-être ils échangent des connaissances, peut- être ils se racontent des histoires inventées, ou bien les leurs. Peu importe. Pendant le chemin, ils se racontent des histoires : ce sont des histoires de vive voix.

1 Pour voir plus d’information sur ces évènements, il est possible de consulter les sites web des mêmes institutions (voir ressources bibliographiques et audiovisuelles).